Kinotron: Tête de Turc

Publié le par nikko13

Tête de Turc Avant-première Club 300 Allociné

Depuis 2005, Pascal Elbé est ce qu'on appeller un acteur omniprésent. Imdb m'indique près d'une vingtaine de films et pas que des perles. Le cactus, L'amour aux trousses, L'emmerdeur... ça vous torpille un cv en moins de deux ! Toutefois, on sait moins que l'artiste est également scénariste (Père et fils notamment), ce qui l'a naturellement amené vers cette première réalisation. Inspiré par un fait réel, Tête de Turc nous conduit au coeur d'une cité sensible de banlieue. Après une intervention musclée de la police, les esprits de quelques jeunes s'échauffent. Ils prennent pour cible une voiture surmontée d'un gyrophare, celle d'un médecin urgentiste. C'est Bora qui a lancé le cocktail Molotov et pris d'un cas de conscience, c'est Bora qui ira sauver in extremis sa victime. Cet évènement va avoir des conséquences sur les vies d'individus qui n'auraient jamais dû se croiser.

A l'issue de la projection, Pascal Elbé a clairement exprimé son admiration devant les films à la narration fragmentée. Les références se nomment Crash, Babel ou Short Cuts. Notre homme s'est dit "pourquoi ne pourrait-t-on pas faire la même chose en France ?". L'ambition est belle et on se dit que le pari est tenu tout au long de la première demie-heure. Narration serrée, contexte réaliste, acteurs investis, réalisation éloignée des standards télévisuels... L'exposition donne toutes les raisons d'espérer. Hélas, le scénariste Elbé a jugé utile de charger les dossiers de ses personnages en multipliant les hasards, les fêlures du passés et - plus ennuyeux - les réactions illogiques. Le plus mal loti de tous est Simon Abkarian, contraint de jouer le mari anéanti par la mort de sa femme. Sorti du malheur initial, on le croisera furtivement par trois fois (à la louche) pour des scènes sur-signifiantes et un échange téléphonique absurde... tout ça pour en faire un rebond dramatique superflu dans les ultimes minutes ! Même sentiment de lourdeur et d'inutilité lorsque Simon apprend par la bouche de son frère Atom qu'il y a un vieux squelette dans le placard familial. Quel intérêt ? Le récit se serait resserré sur trois personnages et sur un enjeu unique bien développé, Tête de Turc aurait sans mal décroché une étoile supplémentaire.

Léo Elbé et Samir Makhlouf. Warner Bros. France Samir Makhlouf. Warner Bros. France



Publié dans Kinotron

Commenter cet article