Kinotron: Le Baltringue

Publié le par nikko13

Je vais très rarement au Gaumont Aquaboulevard. C'est un tort. Dans les murs de cette structure flotte un doux parfum d'années 80 (matiné de chlore). En déambulant dans ses coursives carrelées, ponctuées de panneaux de signalisation au style pompier, des images me reviennent en tête. L'inauguration du Mirapolis voisin avec Carlos, les cours d'Alex et Davina avec un Bernard Tapie triomphant, la saveur de la poudre Tang fruits de la passion direct sur les papilles ou encore le slogan "Citroën AX : révolutionnaire !". Voila l'effet que me font un club de fitness bondé et une piscine animée par un cours d'aquagym. En passant les barrières du Gaumont, muni de mon billet pour le premier (et très problement dernier) effort cinématographique de Vincent Lagaf', l'impression persiste. Ces portes bardée de chiffres, ces néons, ces grosses bornes futuristes qui ne servent plus à rien... C'est comme si j'étais en 1987, sur le point de voir un truc du style Club de rencontres (un grand Francis Perrin) !

Quand déboule le générique du Baltringue, boum, le retour dans un passé révolu se poursuit. Cette police hors d'âge, ce titre tout en rondeurs qui vient épouser les formes du canapé se trouvant dans le champ... et la dégaine de Lagaf', affublé d'un postiche, surjouant éhontément l'animateur télé à peine remis d'une cuite. Tout un poème. Mais venons en à l'histoire. Lagaf' incarne Monsieur Guy, un présentateur de télé-achat populaire prié de trouver un concept novateur sous peine de voir son aura faiblir. Lors d'un casting de chanteurs en herbe, il flashe artistiquement sur Lola dont le tonton, Sam, s'avère être un agent des services secrets (et accessoirement un acteur naufragé de Caméra Café première période). Tournant le dos à cette exposition (rendant inutile son évocation préalable, zut), Monsieur Guy et Sam se rendent à Forges-les-Eaux pour déjouer les magouilles d'un méchant russe bardé de sbires à lunettes noires. Sans raison apparente, l'animateur opportuniste brossé dans le premier quart d'heure laisse place à un boulet de compétition, dénué de toute logique... mais tellement sympathique. "A la bonne heure" dirait (et finit par dire) Lagaf' ! A partir de ce moment, Le Baltringue trouve tout sa saveur, avec une enfilade de scènes archi nulles. Dialogue en dessous de tout au coin d'une table de roulette, passage express en boîte de nuit (en plein jour !), fusillade nanarde dans les WC de l'établissement (avec Vincent qui ose même un audacieux "You talkin' to me ?" au moment de tomber la moumoute), course poursuite cartoonesque  (mais alors Tchèque le cartoon) en caddy de golf, infiltration à gros sabots dans une villa (enrichie d'une séquence kung-fu particulièrement déplorable) et ainsi de suite jusqu'à satiété - ou overdose - après un dénouement joyeusement pourri. Notez que plus le film avance, plus les dialogues prennent l'eau, et ce jusqu'au point godwin suivant :

(Sam) : - C'est malin, avec tout ça on vient de perdre notre couverture !
(Mr Guy) : - Pourquoi, tu n'as même pas une couette ?

Bref, Le Baltringue est nul, mais se laisse savourer pour qui chérit un certain masochisme. A la limite, mieux vaut voir ça qu'un Coco ou un Disco qui se la jouent n'ont pas l'excuse d'un certain "artisanat" (qui a dit amateurisme ?) ou "héritage aculturel" des Charlots et autres Max Pécasseries. Syril Sebas, à toi de porter haut les couleurs du nanar à la française (relais pris à Igor SK, auteur des Gaous et retourné depuis à l'anonymat) ! Quant à Vincent Lagaf', bienvenue dans le purgatoire des animateurs (trices) cabossé(e)s par ce si fuyant 7ème art. Tu rejoins Patrick T'aime Sébastien, Nagui (Une femme très très très amoureuse) ainsi qu'Ophélie Winter (ah Bouge ! oh Folle d'elle !).



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